Comment évaluer la respiration d'une victime ?
Lors d'une situation d'urgence, il est demandé aux secouristes d'évaluer les paramètres vitaux. Dans cet article nous vous proposons de revoir comment évaluer la respiration, un point très important et souvent négligé au profit d'autres paramètres vitaux.
A l'hôpital, les médecins effectueront sûrement une radio du thorax et peux-être une analyse des gaz du sang, mais ils évalueront toujours les mêmes points qu'un secouriste bien formé.
En présence d'une victime, quelque soit la situation, il est fortement recommandé d'évaluer la fréquence respiratoire. Cette valeur est un élément clé de votre évaluation! Savez-vous qu'en cas d'hémorragie grave, cette valeur augmentera avant la fréquence cardiaque (un point traité dans un prochain article) ?
Qu’est-ce que la fréquence respiratoire ?
La fréquence respiratoire est le nombre d’inspirations et d’expirations par minute; c'est un signe vital majeur, indiquant l'efficacité de la respiration. Un cycle comprend une inspiration et une expiration. Cette valeur peut varier d'une personne à l'autre, selon l’âge, le sexe, le poids et la population ou région géographique (en altitude la fréquence respiratoire sera supérieure).
Comment bien la mesurer ?
Idéalement il faut mettre la victime en position assise ou semi-assise (au repos). Il est toutefois possible d'évaluer cet élément en position couchée sur le dos (décubitus dorsal).Observez le thorax de la victime durant 30 secondes à une minute sans que la victime ne le sache afin d'éviter qu’elle modifie sa fréquence involontairement. Vous pouvez aussi lui dire que vous évaluez un autre point comme la fréquence cardiaque ou calculer cette fréquence 15 à 30 secondes après avoir positionné votre main sur son ventre. Durant cette évaluation, vous pouvez également regarder le mouvement respiratoire du thorax (mouvements normaux où vous identifiez un travail respiratoire anormal) et écouter s'il y a des bruits respiratoires (sifflements, râles, tous bruits anormaux).
Quelles sont les valeurs de référence pour un adulte ?
- Normales au repos : 12-20 respirations/minute.
- Fréquence élevée (appelée tachypnée dans le langage médical) : Dès 25 respirations/minute. Cette valeur peut être élevée à cause d'un élément comme la fièvre, un effort physique (dans ce cas elle devrait rapidement baisser au repos), l'anxiété (tous les stress auront une incidence sur la fréquence respiratoire) et des maladies graves comme l'asthme.
- Fréquence basse (appelée bradypnée dans le langage médical) : Toutes respirations inférieures à 10 respirations/minutes. Le risque d'avoir une victime avec une fréquence respiratoire trop faible est peu probable dans le secourisme "traditionnel", nous le rencontrons principalement dans le milieu de la toxicomanie (surdosage d'opiacés), mais c'est aussi le cas dans l'apnée du sommeil, dans certaines situations neurologiques (AVC inconscient par exemple) et nous pouvons la retrouver dans les décompensations respiratoires de stade terminal (appelée dépression respiratoire).
Les secouristes ont également la possibilité d'obtenir des valeurs plus spécifiques, comme la saturation en oxygène SpO2. D’abord utilisés aux blocs opératoires et en salles de réveil, les oxymètres de pouls occupent, aujourd’hui, une place incontournable dans la pathologie pulmonaire. Ce matériel non invasif et peu coûteux (lien à notre shop si vous désirez connaître la valeur de ce matériel) s'est démocratisé pour le grand public depuis le COVID.
Formamed recommande les dispositifs disposant du marquage CH-REP et/ou CE et répondant à la norme ISO 80601-2-61.
Qu’est-ce que la SpO2 ?
La saturation en oxygène est une mesure pour estimer un pourcentage d’hémoglobine saturé en oxygène par rapport à la quantité total d’hémoglobine (une molécule d’hémoglobine pour 4 molécules d’oxygène). Le saturomètre ou oxymètre de pouls (petite pince que nous allons positionner sur le doigt de la victime) va émettre des faisceaux de lumière rouge et infrarouge à travers le doigt, analysant l'absorption par le sang, qui varie selon l'oxygénation.
Comment bien effectuer cette mesure ?
- Les mains doivent être propres et à température ambiante (si ce n’est pas le cas, les réchauffer). Un membre froid (faible débit cardiaque) ne vous donnera pas une valeur fiable. Il est aussi possible d'effectuer cette mesure sur un orteil.
- Ne pas avoir de vernis à ongle, celui-ci influence les faisceaux lumineux du saturomètre. Si c’est le cas, essayez de tourner la pince sur le côté du doigt (1/4 de tour).
- La victime doit rester immobile (20 % d’erreurs de mesure en cas de tremblements) et garder l’appareil en place pendant au moins 1 minute.
- Observer la courbe en vague de la SpO2 sur l’appareil qui doit être régulière et ample (traduction de la pulsation artérielle). Si ce n'est pas le cas, vous ne pouvez pas analyser ce résultat, veuillez revoir les points ci-dessus.
Quelles sont les valeurs de référence ?
- Normal : 95%-100%
- Chez les "gros* fumeurs ou les personne avec un BPCO la norme est entre 90%-95%.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie pulmonaire inflammatoire chronique, souvent irréversible, caractérisée par une obstruction lente et progressive des voies aériennes. Principalement causée par le tabagisme (85% des cas), elle se manifeste par un essoufflement, une toux chronique et des expectorations. Ces personnes ont souvent de l'oxygène à domicile, en cas de doute, n'hésitez pas de leur demander si elles sont connues pour des problèmes respiratoire chronique.
Attention, ces valeurs ne sont pas toujours fiables !
Il est important de comprendre que les valeurs de ces appareils ne doivent en aucun cas vous donner l'autorisation de faire un diagnostique et elles ne doivent jamais retarder l'alarme au 144.
Voici quelques erreurs à ne pas reproduire :
- En présence d'une victime qui se plaint de difficultés respiratoires, il est faux d'alarmer les secours qu'en présence d'une mauvaise saturation en oxygène. Exemple: une victime peut souffrir d'une crise d'asthme sans perturbation de la saturation en oxygène.
- En présence d'une victime d'intoxication aux fumées, il ne faut pas mesurer la saturation en oxygène. Lors d'une intoxication aux monoxyde de carbone (CO), la valeur de la SpO2 sera faussée (l'appareil va confondre le CO avec l'oxygène ce qui vous donnera une mesure non représentative de la saturation en oxygène réelle).
- En présence d'une victime qui a une hémorragie grave, la saturation va rester "bonne", car elle ne mesure pas le nombre d'hémoglobine, mais bien la charge en oxygène (une hémorragie grave va diminuer l'hémoglobine (nombre de moyen de transport), mais pas la charge en oxygène (tous les transporteurs restants sont chargé à bloc), idem en cas d'anémie.
Dois-je administrer de l'oxygène à une victime avec une SpO2 trop basse ?
L'oxygène
est un médicament, les secouristes peuvent administrer celui-ci que sur un ordre médical et selon un algorithme bien établi.
Il est juste de dire qu'en règle générale on administre de l'oxygène en présence d'une mauvaise saturation en oxygène et qu'on mesure systématiquement la SPo2 à chaque d'administration d'oxygène.
Dans les situations d'intoxication aux fumées et/ou CO, ainsi que dans les accidents de plongées, ce médicament est administré sans se baser sur les valeurs de la SpO2.
Conclusions:
Toutes les difficultés respiratoires devraient être consultées par un médecin (ne négligez pas les situations d'hyperventilation), en présence d'une victime avec une respir
ation anormale, il est impératif d'alarmer les secours. Il est important de ne pas essayer de faire un diagnostic si vous n'êtes pas un médecin.
La fréquence respiratoire peut être évaluée dans toutes les situations, c'est même un point important et fortement recommandé par Formamed.
A contrario, il est possible de gérer une situation sans avoir ce moyen d'évaluation. La mesure de la SpO2 n'est recommandée d'être évaluée que dans les situations d'urgence (sans retarder l'alarme), plus spécifiquement dans les problèmes respiratoires, pour évaluer l'évolution positive (avec l'administration d'oxygène par exemple) ou négative (oxygénation en diminution). Formamed vous recommande également de mesurer cette valeur dans les situations où la victime reprendra le travail pour confirmer que ce paramètre est correct au moment T et de bien noter cette valeur sur la fiche d'intervention.
Formamed vous conseille fortement de suivre des formations spécifiques, car la maîtrise de ces paramètres vitaux aidera les intervenants.
Cet article a été créé par Lara Gruaz et Michael Terrapon, deux formateurs de Formamed
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